Retour Accueil

TEMOIGNAGE DE MICHEL ET MARIE-FRANCE
Ligne

S'il n'y a rien à faire pour la stérilité de Monsieur, comme je viens de vous l'expliquer, nous pouvons réaliser une I.A.D.(1) Pour cela, je vais vous donner, Madame, un rendez-vous de coelioscopie. Quand pouvez-vous venir ?

- Je ne pense pas prendre de rendez-vous pour coelioscopie, car nous ne sommes pas décidés pour une I.A.D.

- L'I.A.D. ne f ait courir aucun risque de SIDA ; les techniques sont actuellement au point (..)

- Nos raisons ne sont pas d'ordre médical mais éthiques, nous désirons être à égalité dans la parentalité, et nous ne désirons pas concevoir un enfant de père génétiquement inconnu.

- Vous n'êtes pas obligés de le dire à l'enfant ! Mais évidemment, si vous invoquez l'éthique...

Le gynécologue a un geste vague et impuissant, comme pour masquer son incompréhension. Il n'a plus grand chose à nous dire, sauf peut-être après un petit temps d'hésitation...

" Il n'y a pas que la procréation qui fait la solidité d'un couple... et puis vous pouvez toujours adopter... ".

Décision que nous n'explicitons qu'à ceux qui nous le demandent " comment, vous ne connaissez pas les P.M.A. ?" nous dit-on, apprenant que nous n'avons pas d'enfant. Puis, surprise : "alors, vous respectez à ce point l'interdiction du Pape ? ".

Non, ce n'est pas exactement comme cela que ça se passe. C'est d'abord notre conscience qui nous a amenés à ce choix. Oh, il n'a pas fallu de nombreuses discussions pour nous mettre d'accord, nous avons vite découvert que nous avions la même attitude à ce sujet.

Certes, nous souffrons et nous souffrirons toujours de l'absence d'enfant ; il a fallu d'abord faire un "deuil " d'enfant biologique que nous n'aurons jamais, un deuil de grossesse et d'accouchement pour Marie-France, qui en entend parler tous les jours dans son métier de pédiatre ; sans doute un deuil d'enfant tout court, car malgré de nombreuses démarches, nos tentatives d'adoption n'ont pas abouti.

Et pourtant, combien plus nous aurions souffert de ne pas suivre la voix de notre conscience, et pour plusieurs motifs

* nous sommes déjà différents l'une a passé sa jeunesse à étudier, l'autre pas ; l'un vit à 100 à l'heure et ne sait pas ralentir, l'autre respecte une limitation de vitesse qui lui convient mieux ; l'un accepte les événements avec patience, l'autre se rebelle... différences que nous apprenons, à manier pour mieux nous compléter. Pourtant, que l'un soit parent biologique et pas l'autre, nous paraît être une différence provoquée, dangereuse pour l'équilibre de notre mariage : comment Marie-France pourrait-elle être heureuse d'une maternité dans une dimension que n'aurait pas la paternité de Michel ? Comment ne pas redouter que cela introduise une distance entre nous ?

* mais surtout, nous nous sommes interrogés à propos de l'enfant qui naîtrait dans ces circonstances : si, avant l'annonce de notre stérilité, nous imaginions que des enfants seraient le fruit de notre amour, c'est d'un amour type " agapè" (le texte que nous avions choisi pour notre mariage), d'un amour qui recherche d'abord le bien d'autrui, et non d'abord d'être soi-même comblé. Or est-ce chercher le bien d'autrui que de concevoir volontairement un enfant qui ne pourra connaître ses origines génétiques ? Ou ferions-nous appel à ce type de conception, d'abord pour combler notre propre désir de parentalité ? C'est là que l'Église éclaire notre conscience et nous dit que notre amour conjugal est plus grand quand il est agapè qu'éros ; que notre sacrement de mariage ne nous donne pas "droit " à un ou des enfants. Et c'est ainsi que nous comprenons ce paragraphe de l'instruction de la Congrégation pour la doctrine de la foi "le don de la vie " : " Le désir d'avoir un enfant, l'amour entre les époux qui souhaitent remédier à une stérilité autrement insurmontable, constituent des motivations compréhensibles mais des intentions subjectivement bonnes ne rendent la fécondation hétérologue ni conforme aux propriétés objectives et inaliénables du mariage, ni respectueuse des droits de l'enfant et des époux " (2) ;

* nous ne pouvons pas non plus imaginer cacher à un enfant qu'il serait conçu par I.A.D. D'abord le secret risque d'être rompu à une époque où l'on fait de plus en plus facilement un examen des empreintes génétiques : pour dépistage d'une maladie, en enquête de criminalité... Quel mal cette révélation lui ferait alors ? ; mais surtout, comment vivre avec le poids de ce mensonge par omission au long des années (notre réflexion à ce sujet s'est produite alors que l'Église nous rappelait la " splendeur de la vérité"...

Alors, pour répondre à une question qui est souvent posée à des chrétiens : " Comment acceptez vous que l'Église vous oblige à renoncer à autant de bonnes choses ?", nous disons que nous n'avons pas du tout l'impression que l'Église nous oblige à quoi que ce soit (il n'y a aucune police qui contrôle nos décisions, et qui viendrait nous sanctionner, ni religieuse, ni d'ailleurs civile puisque l'I.A.D. est légale) ; nous avons fait un choix libre et responsable (et en cela, nous nous sentons bien en accord avec la morale de l'Église qui ne demande pas d'appliquer des règlements au pied de la lettre mais d'abord d'écouter sa conscience morale) ; nous avons d'abord choisi une valeur positive l'amour qui semble le plus épanouir notre couple dans la situation où nous sommes actuellement ; si le seul moyen qui nous est proposé à notre époque nous semble en contradiction avec cet amour, il ne peut être justifié par une fin par ailleurs légitime (le désir d'enfant). C'est notre chemin personnel, et nous comprenons très bien que d'autres couples, différents de nous, dans une autre situation (péril du mariage en l'absence d'enfant... ?) ne fassent pas le même choix que nous. Car seul Dieu sonde les consciences... Ce que nous souhaitons à tous, c'est de pouvoir élaborer une réflexion en couple, et prendre les moyens d'éclairer leur conscience (peut être un " week-end pour couples sans enfants , comme celui organisé par les Equipes Notre Dame ?).

 

 

 

(1) I.A.D. : Insémination Artificielle avec don de sperme.

(2) Donum vitae, 22 février 1997 (DC, page 356).

Témoignage publié dans la "Lettre des Equipes Notre-Dame" de mai-juin 1998

 

Réagissez à ce témoignage sur notre forum ou notre liste de discussion