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Cancer des ovaires
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Bonjour,

Je m’appelle Anne-Marie et j’ai aujourd’hui 27 ans. A l’âge de 16 ans, après de grandes douleurs dans le ventre, une échographie, une intervention chirurgicale et l’analyse histologique de l’ovaire gauche que l’on venait de me retirer, le diagnostic tombe : cancer des ovaires. Mes parents l’ont appris avant moi et je les remercie de ne pas m’avoir asséné l’affreux mot directement, mais de me faire réaliser par moi-même. Je tiens d’ailleurs à leur rendre hommage, pour le courage et la détermination dont ils ont fait preuve pour que je sois bien soignée.

J’ai bien sûr suivi les traitements pénibles qu’impose cette maladie et subi les effets secondaires. Malgré tout, j’ai plutôt bien réagi et mes analyses de sang sont très vite redevenues normales.

Au bout de quelques mois, après la fin de mes traitements, une échographie révélait que l’ovaire droit était suspect. Nouvelle intervention (sous coelioscopie), nouvelles analyses de prélèvements, nouvelles angoisses dans l’attente des résultats. Heureusement, ceux-ci s’avérèrent négatifs et malheureusement, ce n’est qu’au bout de trois mois d’interrogations sur mes aménorrhées qu’on nous annonça l’ablation de mon deuxième ovaire suspect, lors de cette coelioscopie. Je vous laisse imaginer le coup de poignard ; cette fois-ci, un autre affreux mot s’est imposé à moi avec brutalité : « stérilité ».

Aujourd’hui, je suis en bonne santé, la maladie est derrière moi (étant un peu superstitieuse, je touche du bois !). Je suis depuis dix ans un traitement hormonal substitutif qui me convient bien et, d’après mon gynécologue, j’ai atteint un bon équilibre.
Dix ans... Dix ans de questions, de doutes sur l’avenir.
A 17 ans, on est encore à l’âge de l’insouciance, on vit le présent. Cette nouvelle de ma stérilité m’a soudain projetée dans le futur et m’a fait perdre confiance en moi. Les crises de larmes étaient fréquentes, et le sont encore souvent aujourd'hui.

Il y a environ quatre ans, au cours de mes études, j’ai rencontré un jeune homme, Cédric. Nous nous sommes plu et avons décidé de faire un bout de chemin ensemble. Je lui ai très vite expliqué la situation, pensant que l’honnêteté était la seule voie possible et que l’idée devait rester présente et mûrir dans son esprit si cela se passait bien entre nous. Les mois et les années ont passées, nous vivons ensemble depuis environ trois ans et nous nous sommes mariés il y a quelques semaines. Cédric accepte la situation et me réconforte dans les moments de doute, il dit qu’avoir un enfant sera notre combat à tous les deux. Mais j’ai peur qu’il ne réalise pas complètement la taille du combat (d’ailleurs, qui peut s’en rendre compte tant qu’il ne l’a pas vécu ?) et qu’il soit un jour malheureux à cause de moi.

En novembre prochain, je vais aller voir mon gynécologue comme tous les ans pour une visite de routine. Mais cette fois-ci, nous entrerons dans son cabinet tous les deux, car nous voulons parler sérieusement du recours au don d’ovocyte, maintenant que nous sommes mariés. C’est une solution que mon gynécologue m’avait suggéré pour la première fois il y a deux ans. A l’époque, je lui ai répondu que je n’était pas encore prête pour une maternité, ce qui était sans doute vrai. Mais je réalise en fait que c’est aussi parce qu’aborder le sujet de ma stérilité me déchire le coeur et déclenche systématiquement des larmes impossibles à retenir. C’est très gênant pour moi de réagir comme çà devant le médecin.

Je me pose beaucoup de questions sur les problèmes d’éthique liés au don d’ovocyte : je trouve que la loi française est plutôt bien faite à ce niveau (notamment sur le souci d’anonymat), mais ce qui m’inquiète, c’est encore une fois l’avenir. En effet, un enfant ne reste pas un bébé toute sa vie et je me demande (si bien sûr la technique réussissait pour notre couple) comment expliquer à cet enfant, lorsqu’il sera en âge de comprendre, que son père est vraiment son géniteur, mais que sa mère, même si elle l’a portée en elle, n’est pas totalement à l’origine de son existence.

Ce problème se pose moins en ce qui concerne l’adoption, les parents étant à égalité par rapport à l’enfant. Cette deuxième solution m’inquiète aussi beaucoup, car j’ai peur de ne pas être capable d’aimer cet enfant, qu’on nous aura confié, autant qu’il le mérite. J’ai peur de faire peser sur ses épaules ma souffrance et ma frustration d’être stérile.

J’aimerais encore vous confier d’autres de mes sentiments, mais je ne voudrais pas être trop longue. Vos témoignages, sur ce site que j’ai découvert depuis peu, me font réaliser que je ne suis pas seule.

Merci à vous de m’avoir lu, bon courage dans vos démarches.


Anne-Marie et Cédric (Mars 2002). Leur écrire : Écrire à Anne-Marie et Cédric

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