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STERILITE OU FECONDITE ?
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Un homme et une femme qui s'aiment sont naturellement portés l'un vers l'autre. Et le fruit immédiat, le plus visible de leur amour, c'est l'enfant.
Mais quand l'enfant ne vient pas, la fécondité du couple devient moins évidente.
D'abord parce que la femme et l'homme sont touchés au coeur même de ce qui fait leur union,
le couple prend un coup terrible. Certains ne s'en remettent pas.
Pourtant la vie est possible après l'infertilité.
La fécondité d'un couple, même fertile, ne se limite pas aux enfants.
L'amour des conjoints rayonne, les neveux, les frères et soeurs, les amis, bénéficient de ce rayonnement.
Même un couple avec enfants est appelé à se mettre au service des autres, à faire partager
ce qu'ils ont de meilleur autour d'eux. Et dans ce partage le couple est fécond, et puise une sève nouvelle.
De même, pour le couple sans enfant, l'aventure ne s'arrête pas avec le constat de l'infertilité
et de la stérilité. Après, éventuellement, les tentatives d'AMP ou d'adoption, lorsque le couple se
retrouve seul, une nouvelle chance lui est donnée.
Quelle chance me direz-vous ?
D'abord celle de fortifier son amour. Lorsque viennent les enfants, le couple est tout tourné vers eux. Les soucis, les activités, les discussions. C'est normal, ils sont plus faibles et ont besoin de leurs parents. Les parents ne pensent plus à leur couple, à leur conjoint. La femme, surtout, ne voit que par ses enfants. Du coup l'homme cherche ailleurs une autre valorisation de lui-même, et se jette dans des activités qui l'éloignent de sa famille.
Le couple sans enfant, au contraire, a la chance d'avoir du temps pour apprendre à se connaître, pour approfondir les liens qui les unissent, à condition de ne pas utiliser ce temps uniquement en activités futiles, mais en prenant des engagements communs.
Et nous arrivons là à cette deuxième chance du couple : la possibilité de se donner aux autres. Puisqu'ils ne peuvent se donner à leurs enfants, les conjoints ont une chance formidable de pouvoir se consacrer ensemble à des activités culturelles ou sociales. Un exemple célèbre nous a été donné par le roi Baudoin et la reine Fabiola.
L'enfant n'est pas la seule fécondité du couple. Même si cela est dur pour les conjoints, et principalement pour la femme, qui ne pourra pas connaître les joies de la maternité. Le couple infertile doit se chercher une autre raison de vivre. Cela pourra être une activité tournée vers les enfants (lutter contre la pédophilie, l'enfance maltraitée, le travail des mineurs, la faim dans le monde, qui touche surtout les enfants...) mais aussi une activité artistique, ou un engagement politique, dans un esprit de service.
Le couple sans enfant est plus interpellé que les autres par les organismes caritatifs ou éducatifs, ceux-ci voyant en eux un trésor de temps libre. Et c'est vrai que le couple infertile est plus disponible. Mais sa souffrance interne l'empêche souvent d'aller vers les autres, et il se replie sur soi. Face à cette tentation de l'enfermement du couple, l'engagement, commun ou non, permet à leur amour de devenir fécond, et ainsi de sublimer l'absence de l'enfant.
Oui, on peut vivre fécond et heureux sans enfant. Bien sûr, au fond de soi, il y aura toujours cette blessure, ce manque. Mais d'autres que nous vivent une souffrance de cet ordre. Les veufs, les parents qui ont vu mourir leur enfant, les orphelins, porteront toujours en leur coeur ce vide, cette blessure.
Certains couples sans enfant se réfugient dans le plaisir, ayant tout le temps nécessaire, et aucun exemple à donner, ils laissent leur inclination aux plaisirs prendre le dessus sur leur fécondité. En faisant cela ils se détruisent, car l'amour est créateur, mais pas le plaisir égoïste.
Entendons-nous bien : les joies naturelles du couple entretiennent l'amour, le plaisir physique donné l'un à l'autre, l'un pour l'autre, fortifient l'amour. Cela, même l'Eglise Catholique, pourtant longtemps réfractaire, suspicieuse, vis-à-vis de l'amour charnel, le reconnaît aujourd'hui. Ce qui est dangereux pour la fécondité du couple, ce n'est pas le plaisir, mais l'enfermement sur soi provoqué par une recherche excessive des plaisirs.
Le couple infertile ne peut se sauver que par l'amour. On aurait dit, jadis, par la charité. Mais qu'est-ce que la charité, au sens biblique ? c'est l'amour qui est en Dieu, l'amour même de Dieu ; qui porte à aimer à aimer Dieu et son prochain plus que sa propre vie. Ainsi le couple amoureux devient charitable. Il lui faut inventer une autre fécondité que celle des enfants. Le mieux est d'y penser déjà pendant la période des examens médicaux, pendant la procédure d'adoption. Mais en pratique, nous savons que cela est difficile, car dans ces moments là, on espère toujours la fécondité que donne l'enfant. A chaque couple d'inventer ses fécondités. Pour qu'il oublie le vide de l'enfant, pour qu'il soit heureux, au delà de la souffrance et que son amour porte du fruit, qu'enfin il ne soit plus vu comme un couple stérile, mais comme un couple riche d'amour et de fécondité.
Eric Dubois-Dossios 3 décembre 1999.